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dimanche 3 février 2008

Clavis hermeneutica : Hommage à Henry Corbin

Par Luc-Olivier d’Algange

Ce qui nous rassemble ici est un hommage au philosophe, et non seulement à l'éminent érudit et spécialiste qui sut, à la suite de Louis Massignon (lui-même écrivain et poète de grand style), approfondir et renouveler les études islamiques.


"À l'orée des signes, entre le jour et la nuit, sur la lisière impondérable, il n'est pas impossible que le secret de l'aube et le secret du crépuscule, le secret de l'Occident et le secret de l'Orient soient un seul un même secret."


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vendredi 28 septembre 2007

Temple et contemplation : le “testimonium” d’Henry Corbin

par Louis-Marie Oresve

Tout à la fois livre-testament et témoignage, Temple et contemplation, enfin réédité (1), est un recueil de conférences légèrement remaniées par l’auteur, Henry Corbin (1903-1978), prononcées entre 1950 et 1971 dans le cadre des rencontres annuelles d’Eranos à Ascona. En évoquant le témoignage de quelques grands spirituels iraniens, l’auteur nous invite à explorer le «mundus imaginalis», néologisme dont nous lui sommes redevables et qui désigne cet «entre-deux» situé entre les plans — disons pour simplifier — du Ciel et de la Terre. Il nous permet alors d’approfondir progressivement la réponse à cette question : Quelle est la nature de cette réalité, qui se situe au confluent des «deux mers», puisqu’il ne s'agit ni du monde des formes liées à la manifestation grossière accessible par nos sens ordinaires, mais pas non plus de «fantaisies» produites par une imagination réduite à cette «folle du logis» dont parlait Malebranche ? Corbin montre que c’est en utilisant une autre faculté, «l’imagination créatrice», qu’il nous est possible d’accéder au monde imaginal et de donner sens aux Images qui y apparaissent. Dans une dernière partie enfin, la plus longue (150 pages) il nous dévoile les fruits des méditations de toute une vie sur le thème qui, au fil des années, était devenu son thème de prédilection : l’Imago Templi, indissociable de celles qu’il a menées à propos de la Chevalerie spirituelle.



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mardi 5 juin 2007

Henry Corbin, explorateur des terres d’émeraude

par Pierre Lory

Le nom de Henry Corbin (1903-1978) est connu à plus d’un titre. Parmi les premiers en France à mettre en relief l’œuvre de Martin Heidegger, il en fut le premier traducteur. Simultanément, il s’intéressait aux philosophies de l’Orient islamique : avicennisme, philosophie illuminative (Sohrawardî), pensée chiite. Son apport dépasse de très loin le domaine de ce qu’on appelle communément l’orientalisme. Philosophe de formation, Corbin a toujours voulu situer son œuvre dans le champ des études philosophiques dans le sens fort du terme : à savoir dans l’aventure transformatrice vécue par le sujet pensant dans la quête du sens de sa vie. Pour lui, l’approche exégétique et l’expérience spirituelle des penseurs musulmans, en tant qu’elles s’incorporent à une réflexion systématique, relèvent de plein droit du champ de la philosophie, exactement comme celles de Plotin, de Proclus, de Jamblique, ou encore de Berkeley et Kierkegaard.


Henry Corbin (1903-1978)


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Le sens ésotérique du pèlerinage au Temple de la Ka'ba

par Henry Corbin

Dans ce texte essentiel, extrait de Temple et contemplation — livre devenu introuvable, qui fait l’objet d’un belle réédition*— Henry Corbin révèle le “sens ésotérique” du pèlerinage à La Mekke. Le pèlerinage configure, pour le pèlerin, la «forme spirituelle du Temple» en reproduisant symboliquement celui qui, selon la Tradition, a conduit Adam en compagnie de l’ange Gabriel jusqu’en Arabie, après que celui-ci eut reveillé en lui, après sa sortie du paradis, le “souvenir de Dieu”. L’Ange, que symbolise la Pierre Noire enchâssée dans l’un des angles de la Ka’ba, n’est autre que le garant de l’engagement ou du Pacte fondamental qui lie, dans le Ciel, Dieu et ses créatures ; à ce titre, il est aussi un symbole du «centre spirituel de l’homme», de «la Perle» ou du «joyau caché en lui». Dans la théosophie islamique, l’Ange Gabriel est aussi «l’Esprit-Saint et l’Ange de l’humanité» ; c’est «de son “aile de lumière”, écrit Corbin, qu’émanent les âmes humaines en ce monde ; et il est l’ange de la Connaissance, celui dont l’illumination projette les formes intelligibles sur nos intellects. Il est donc tout à fait juste de typifier dans le pèlerinage où sont associés l’ange Gabriel et Adam, tout le processus de la descente de la Perle blanche en ce monde, sa métamorphose sous l’aspect de la Pierre Noire, c’est-à-dire en la forme sous laquelle elle apparaît à la perception sensible et sous laquelle l’homme doit apprendre à la reconnaître, à moins hélas ! que sa vie ne s’achève sans qu’il l’ait jamais reconnue.» Le croyant doit donc redécouvrir le secret de la Pierre Noire, qui est le secret de l’Ange, puisque «cette Pierre que les pèlerins baisent au passage comme le fit Adam, lorsqu’il l’eut reconnue — cette Pierre est dans le Temple matériel de la Ka’ba ce que l’Ange est au centre de l’homme. Alors la Pierre Noire redevient la Perle blanche, le vestige du paradis, l’Ange ou l’Imâmat dans l’homme.» Autrement dit, il appartient à l’homme, à travers cette péregrination intérieure, «de redécouvrir son centre, ou au contraire de le perdre et d’être à jamais désaxé.» Atteindre ce centre tel est précisément «le sens ésotérique des rites du pèlerinage, accomplis comme les rites d’un mystère d’initiation, au terme duquel le myste entre dans le Temple, parce qu'il a retrouvé la potestas clavium


"Il y a exotériquement un Temple de la Ka’ba qui oriente le regard des créatures, de même il y a ésotériquement une Ka’ba qui est l’objet de contemplation du regard divin, et c’est le cœur de l’homme."


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