Grâce à Dieu le moyen-âge est de tous les temps, et Wolfram d’Eschenbach ici convoqué sur le seuil est médiéval tout autant que les gentils Carl Orff et David Gattegno. Noël à ce dernier, qui porte et illustre le nom du roi poète et prophète, et vient nous redire que la Nativité, celle de l’Infans mirificus, est un mystère qui ne regarde que les anges, les rois, les bergers et leurs bêtes, et l’âne, et le bœuf, et ces «enfançons de neige» qui sont des anges encore, et les sorcières consternées dans leur trou, selon cette merveille angélique-animale qui est la condition même de toute réalité possible – et quelle plus grande réalité, quelle réalité plus réelle, que l’Incarnation du Verbe… Ici, Dieu est dans son élément. Encore fallait-il le dire, en français, d’après l’allemand de Carl Orff sans le traduire, car en bon animal angélique David Gattegno se veut analphabète comme son maître Wolfram. «Mystère», donc, selon la définition qu’il en donne dans sa préface : «Relevant, à la fois, du ministère de l’Art et du magistère de la Doctrine, il est le produit de la beauté frappante, quand elle frappe le cœur retentissant d’un homme à la respiration puissante et bénévole.» Pourquoi des «mystères», autrefois comme aujourd’hui ? pour réconcilier ces deux vérités antagonistes : «que la Sainte Écriture n’est pas exactement destinée à être déchiffrée par tous» et pourtant que «la Parole doit être entendue par tous. Charge à certaines voix de la donner à entendre sous une forme ou sous une autre, adaptée à quelque chose qui ressemblerait à un certain état des oreilles…» Ces deux «mystères» ont été inspirés à Carl Orff à la fin des années cinquante. De quel siècle, au fait ? Il est rare, en nos temps précipités, qu’une précision chronologique de ce genre ait aussi peu d’importance. Les «mystères» étaient jadis destinés à être joués sur le parvis des églises. Dans sa grande miséricorde à l’usage des alphabètes, la Providence a bien voulu que l’étymologie dise tout : ainsi, «parvis» est paradis. Nous ne dirons rien de plus de ces deux mystères-là, sinon qu’ils laissent pressentir, autant qu’il est possible aux hommes, quelque chose de la joie paradisiaque.

PH.B.



David Gattegno : Contes-Mystères pour la Noël et la Grande Pâque librement adaptés d’après les livrets de Carl Orff, Ludus de nato Infante mirificus, Ein Weihnachstspiel & Comœdia de Christi resurrectione, Ein Osterspiel, Arma Artis, 76 pages, 17 euros.