Avoir toujours fait en sorte que les enfants, les animaux, - les enfants au rire transparent, les animaux au regard parfois si profond -, soient heureux ; avoir pris le parti de rendre heureux tous les autres : probablement le seul bonheur qu'on emporte avec soi.

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J'ai vu tout à l'heure, coincé entre deux murs de nuages, le soleil couchant au sommet de la montagne. Tandis que l'obscurité s'établissait à l'entour, le crépuscule brûlait entre ces murs comme une colonne incandescente. La montagne ressemblait à un volcan crachant le feu.

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- Comment définiriez-vous votre œuvre ?
- Comme une tentative.

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Je regarde souvent le dernier Arbre de Noël au pied duquel tomba mon père ; (il n'avait plus qu'un mois et demi à vivre). Ses os ne le soutenaient plus ; son front heurta bruyamment le sol de marbre. Ce jeune mélèze, vendu avec ses racines dans une motte, fut transplanté ici. Il prit forme et force ; il est devenu aujourd'hui un arbre somptueux, équilibré, rempli d'oiseaux. C'est ainsi que j'imagine mon père dans le paradis.

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"Une semaine d’enneigement total. Festonnés de cristal, les toits brillaient de stalactites. Une félicité feutrée... Maintenant, les objets reprennent leurs formes et leur rang. Honteuse de tant de blancheur, la neige ne sait où se cacher."


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Aux ondes de la moire
il mire ses atours ;
aux doigts de la mémoire
il compte ses amours.


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Cela vous a des envies de neiger. Un projet longtemps négocié. Depuis trois jours, la neige restait accoudée au bord de son inavoué désir.

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Souvent, on me remercie de mes dédicaces ; on en semble touché. Il est vrai que je fais en sorte de les personnaliser, de les rendre poétiques ou instructives. Je crois n'avoir jamais fait la même. Et j'en viens à me demander si, au lieu de m'épuiser à tant de savants ouvrages, je n'aurai pas mieux fait de n'en composer que les dédicaces.

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Crise du christianisme.
La fin de la "Bonne Nouvelle" serait pour l'athéisme la bonne nouvelle par excellence.

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Rêve de L., qui sentait dans les regards de tous la désapprobation. Comme s'ils la huaient des yeux.

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La morale désigne brutalement l'ensemble des lois auxquelles une société doit se soumettre en toute littéralité juridique. L'éthique est un peu comme la spiritualité de la morale. Les principes moraux seraient comme les consonnes du comportement, les axes immuables d'un système de vie, tandis que l'éthique correspondrait aux voyelles jouant avec nuances entre les consonnes et assouplissant, modulant la morale, en en indiquant l'"esprit". Ou encore, la morale apparaîtrait comme une affirmation masculine, l'éthique, comme une suggestion féminine.

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Les trois preuves qui me semblent authentifier une vocation sont un intérêt exclusif pour un domaine précis, et ce dès le jeune âge ; la possibilité d'y travailler longtemps et sans fatigue ; un plaisir sans cesse accru et toujours renouvelé.
C'est ce que je tâche d'expliquer à D., qui se demande s'il a une vocation littéraire, ce qui est déjà un mauvais signe.

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"L'écriture est de la mémoire diluée, à prélever du bout de la plume aux surfaces de l'encrier."


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Il faut investir la citadelle du Divin à force de stratégies aimantes.

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Au fond, et finalement, j'aurai été la voix de celui qui crie dans la forêt.

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9 h. du matin. Le soleil a réussi à glisser un de ses rayons à travers les nuages. Il fuse à l'horizontale et vient frapper de sa pointe, avec une précision extrême, la gorge d'un rouge-gorge que je vois, par la fenêtre du bureau, juste posé sur le chéneau. Le roux de sa gorge ne fait que s'embraser encore plus. Heureux, l'oiseau reste là, comme faisant prendre à son organe sonore un bain de chaleur bienfaisante.

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L'affreuse dévastation que nous apportent les images du tsunami, l'immense souffrance de tous ces gens hébétés, délirants dans l'odeur des cadavres dont plus rien n'est identifiable; le désespoir des orphelins ; les couples à jamais séparés ; les blessés sans soin ; les maisons effondrées ; les bateaux échoués à la cime des arbres.
Les éléphants avaient pleuré ; ils s'étaient éloignés des rivages. Chiens et chats les avaient suivis, percevant avec eux les infrasons ; avaient gagné l'intérieur des terres. Singes et oiseaux n'avaient eu nulle inquiétude à se faire, volant au-dessus des forêts ; non plus que les chauves-souris. Les humains étaient beaucoup plus démunis.
Il y a de vagues souvenirs de tsunami à Nice, à Alger. Les Grecs les connaissaient, dont ils ont versé le dossier dans la mythologie. Dans Phèdre, Acte V, avec son économie ordinaire, Racine décrit un tsunami, qu'il doit à Euripide. (Celui de Pradon est ridicule.) Il n'est pas jusqu'au reflux qui ne soit mentionné : "Le flot qui l'apporta recule épouvanté." Le dessin de Hugo, Ma Destinée, sorte de réplique de La Tempête d'Hokusaï, n'est pas sans rappeler le même effrayant phénomène.

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Un feu sans chaleur ni clarté : le feu des ardeurs consumées, des enthousiasmes déçus, des espoirs éteints ; le feu froid de l'ennui.
Ses flammes portaient en bandoulière le deuil de leur lumière.

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On écrit, lui dis-je, avec ce que l'on sait : ce sont les structures du texte ; mais plus encore, avec ce qu'on ignore : tout ce qui se déploie entre elles, y danse, y flotte, s'y laisse soupçonner, s'y dérobe à travers nous, à notre insu, comme ces condensations de vapeurs, ces buées, ces mouvements de l'air, ces palpitations d'invisible entre les flancs des montagnes.

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J.P. m'adresse la photo d'un mandala électronique. Son seul défaut est d'être parfait. L'homme rivalisant avec Dieu, le dépassant éventuellement.

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Quels que soient le jour et l'heure où il plaira au Maître des Destinées de nous convoquer, nous aurons toujours à lui objecter que nous n'avons pas fini notre tâche, qu'il nous reste encore à écrire ce livre (dont nous n'avons jamais traité le sujet), à relire ce chapitre, (dont nous ne sommes qu'à moitié satisfaits). Et ce non point comme prétexte à retarder un peu l'échéance des retrouvailles, mais comme expression candide de la vérité, fondée sur la certitude qu'il y a toujours quelque chose qui n'a pas encore été, ou ne l'a pas été comme il eût convenu qu'elle le fût.
Combien devrions-nous envier la disponibilité de Matthieu, assis à son bureau, qui à l'appel de Jésus : "Suis-moi !", se lève et le suit ! Luc précise : "quittant tout". Pour Pierre et André, Jacques et Jean, l'Évangile précise : "Aussitôt (continuo, entheôs), ils le suivirent". Mais sait-on jamais comment on mourra, dans quelles dispositions de corps, d'âme et d'esprit ?

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"Parvenu moi-même aux confins du terme de mon récit, il m'arrive de me demander si j'ai vraiment vécu ces paysages, ces aventures, ces enseignements, ou si je les ai rêvés. Je me dis parfois que je les ai vécus et rêvés en même temps ; ou que j'en ai vécu certains, et rêvé d'autres. Parfois, je me dis que je ne les ai ni vécus, ni rêvés mais imaginés sans qu'ils soient imaginaires. Tout cela n'a peut-être été qu'un grand rêve vécu, qu'une imagination réelle !"


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"Enfin, comment est-il mort ?…" Il ne serait pas inintéressant d'écrire un livre sur la mort d'un certain nombre de personnages, les circonstances qui l'ont accompagnée, la manière dont cette mort se fît : César, dont le premier coup de poignard reçu, suivi de plusieurs dizaines, eût suffi à lui être mortel ; Beethoven expirant tandis que se déchaînait l'orage ; Goethe réclamant plus de lumière, ou en en proclamant témoignage, etc.
Entre le pouvoir et le poignard existe une corrélation certaine ; mais on la peut découvrir aussi entre l'orage et l'ouverture tonitruante d'une éternelle cinquième symphonie ; comme aussi, entre la lumière de celui qu'étouffe l'angor mortis et qui demande plus d'air, et celui qui, déjà, entrevoit l'au-delà.

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Tous ces ébouriffements de souvenirs qui remontent, et que favorise une demi-oisiveté sans sourire : le clapotis du lac d'Annecy sous les coques, le glissement des bisses dans les prairies du Valais, le cri des mouettes dans les embruns de Quiberon, les brouillards de Gavarnie. Et les visages, empreints de douceur, de ceux qui m'ont vu naître et ne sont plus. Et les livres qui m'ont transporté d'enthousiasme, ont déchiré le rideau des révélations.
A mesure que je m'abandonne à ces bilans récapitulatifs, je me demande si j'ai vraiment su en tirer les leçons. Ai-je vraiment saisi les instants de bonheur mêlés d'amour et de beauté, mis en application les enseignements chrétiens, soufis, bouddhistes, sur le détachement et le mépris de l'insignifiant ? Beaucoup plus que je ne le crois, je me raccroche aux amours humaines et à leur vulnérabilité, à ces réalités qu'on dit être mirages, à ces tribus de mensonges qui, à force d'estomper le Soi, l'aboliraient presque.

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"La langue fourche, il me dit : "J'ai toujours préféré le vide à moitié plein que son contraire". On pense à l'Upanishad : "Si l'on prend le plein, reste le plein".


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Des pièges se terrent dans le ciel.