La légende du Roi Singe, au Châtelet… et en librairie
Par CEAPT Symbole copyright, lundi 1 octobre 2007 à 15:39 - Arts et spectacles - #126 - rss
Avec A Monkey Journey To The West, le théâtre du Châtelet, à Paris, propose une adaptation à l’opéra d’une des plus importantes légendes chinoise : celle du Roi Singe, qui se rebelle contre le Ciel et, affirmant sa «sagesse», prétend l’égaler à celle du Bouddha. Une création à grand spectacle très “contemporaine” — mêlant musique, danse hip hop et pop rock ! —, qui met en scène, en neuf tableaux, plus de 70 artistes chinois, mais qui préserve la fraîcheur de la “leçon spirituelle” de la légende du Roi Singe — avec laquelle les lecteurs de Symbole pourront aussi se familiariser à travers la lecture du roman de Frédérick Tristan, Le Singe égal du Ciel (Fayard).

"Le Roi singe est ce “bouffon philosophe” qui inspirera plus tard en Occident la commedia dell’arte et le personnage d’Arlequin."
Sun Wukong, qui a suivi un entraînement avec un grand maître, a acquis de nombreux “pouvoirs”. Mais du coup, il est devenu aussi orgueilleux qu’ impertinent ! Il s’est emparé d’un bâton magique qui lui permet de s’agrandir ou de se rapetisser à sa guise. Il s’est aussi introduit au royaume des morts pour y rayer son nom de la liste des mortels : le voici donc Immortel ! Les dieux lui offrent de devenir palefrenier des écuries célestes, puis le gardien d’un verger où poussent les pêches de l’immortalité. Mais le Roi singe mange les pêches sacrés… Par son inconséquence et son arrogance, il introduit le désordre dans les royaumes célestes et s’attire la colère du roi des dieux, le grand Empereur de Jade. Celui-ci le fait capturer et enfermer dans un fourneau pour le brûler. Mais le Roi singe sort vainqueur de l’épreuve et ne craint plus aucun guerrier céleste : le voici devenu, croit-il, égal du Ciel ! Finalement, c’est le Bouddha Cakyamouni qui aura raison de l’insupportable Sun Wukong : d’une formule magique, il le retient prisonnier sous une montagne. Plusieurs siècles plus tard, la douce Kuan Yin, dame de compassion et déesse de la miséricorde, viendra le délivrer pour lui demander d’accompagner le jeune prêtre Xuan Zang dans son grand voyage en quête des livres sacrés qui permettront d’implanter le bouddhisme en Chine…
Un enseignement de transformation intérieure
Ce grand voyage vers l’Ouest se révèlera, on l’a compris, un véritable voyage initiatique, ponctué d’épreuves symboliques — et c’est bien l’apprentissage de ce singe que relate la fameuse légende chinoise. Les cinq sens, le haut, le bas, le bien, le mal, les autres, les pouvoirs, l’éducation, la réussite, l’échec : Sun Wukong s’achemine au fil des étapes vers la sagesse et l’immortalité, tout en apprenant que vieillir avec raison, c’est devenir adulte sans abandonner l’esprit d’enfance. Hâbleur, rusé, facétieux, grimacier, dévastateur, doté de pouvoirs magiques, remettant en cause par ses «mauvaises questions» le “désordre établi”, le Roi singe est ce “bouffon philosophe” qui inspirera plus tard en Occident la commedia dell’arte et le personnage d’Arlequin.
En 1973, Frédérick Tristan avait publié une version épurée et adaptée de la légende sous le titre Le singe égal du Ciel. Le spectacle du Châtelet est donc l’occasion idéale de découvrir ou de redécouvrir ce livre (éd. Fayard). «La légende du Roi singe, note Frédérick Tristan n’a jamais cessé, au fil des âges, de féconder la mémoire des Chinois, que ce soit sous une forme orale, théâtrale ou romanesque. Avec Le singe égal du ciel j’ai cherché avant tout à rendre la légende compréhensible, “comestible” pour les Occidentaux. Dans un esprit de fidélité créatrice, j’ai en quelque sorte réinventé l’histoire, comme on invente un trésor. Comme pour tous les contes, chacun y trouvera son compte…» Les enfants seront sans doute plus sensibles à la magie du spectacle. Mais, souligne Frédérick Tristan, «certains adultes y trouveront aussi un enseignement de transformation intérieure…»
S.H.Z.
A Monkey Journey To The West, Xi You Ji. Musique de D. Albarn, décors de J. Hewlett. Adaptation et mise en scène : Chen Shi Zheng. Théâtre du Châtelet, 2 rue Edouard Colonne 75001 - Réservations : 01.40.28.28.40.
www.chatelet-theatre.com
Le singe égal du ciel, Frédérick Tristan, éd. Fayard
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