Le titre de cet ouvrage peut intriguer le lecteur dans la mesure où le mot “philosophie” est employé au pluriel et s’applique à la notion de secret. Mais puisque le mot latin secretum est dérivé du verbe secernere qui signifie «distinguer», «mettre à part» et que le sens du verbe grec “philosopher” est «étudier une question méthodiquement, approfondir». le lecteur peut s’attendre à ce que les études sur la gnose et la mystique chrétiennes contenues dans ce livre soient à la fois précises et documentées. En effet, le présent volume rassemble dix-huit exposés déjà parus entre 1972 et 2001 dans diverses publications orientées vers l’hermétisme. Mais dans le contexte des “philosophies du secret”, on est un peu déçu que l’auteur ne se soit pas référé à la philosophie paracelsienne de l’invisible et n’ait pas cité cette phrase de Paracelse : «Qu’est la philosophie. sinon la découverte de l’invisible nature ?» (Werke VIII, 71). Comme l’écrit Lucien Braun, que Jean-François Marquet a semble-t-il, également omis de mentionner : «L’invisible c’est bien aussi le réel, et un réel tout aussi vrai, tout aussi efficient que la réalité visible» (Paracelse, Genève 1994, p. 49).

“Mariage célestiel”

Les sujets traits, pour variés qu’ils soient, se rapportent tous au référent alchimique. II était donc normal que l’auteur accorde une place éminente à Paracelse, chez lequel il analyse la symbolique du fruit. On regrettera que l’auteur ait omis, dans ce contexte, de signaler que la célèbre Fama Fraternitatis reprend à son compte l’image paracelsienne du fruit et de son noyau. Du reste, la référence au mythe rosicrucien, pourtant foncièrement ésotérique, n’apparaît nulle part dans les diverses études rassemblées dans ce livre. De même, le lecteur est surpris que. dans un recueil publié en 2007, l’auteur n’ait à aucun moment cité les nombreuses et excellentes publications sur Jacob Boehme du regretté Pierre Deghaye.
Cela étant, les études réunies dans le présent volume apportent au lecteur une documentation précieuse et très variée sur Paracelse, Sébastien Franck, Guillaume Postel, Valentin Weigel, Gerhard Dom, Jacob Boehme, Jeanne Guyon, Louis-Claude de Saint-Martin et bien d’autres adeptes de l’ésotérisme. Elles nous rappellent que «l’homme peut à bon droit prétendre au titre d’Âme du Monde» et que le «mariage célestiel» évoqué par Swedenborg constitue le sens ultime de l’Écriture. Dans son dernier chapitre, qui évoque et commente le fameux combat de Jacob avec l’ange, Jean-François Marquet conclut sa passionnante série d’etudes en citant ces deux vers du Pèlerin chérubinique d’Angelus Silésius : «Tu demandes ce qu’est l’humanité ? Je te le dis sans détours et en un seul mot : c’est la surangélicité».

R.E.



* Roland Edighoffer est professeur émerite à la Sorbonne. Il a publié de nombreuses études sur l’hermétisme. Il est l’auteur de Les Rose-Croix et la crise de la conscience européenne au XVIIe siècle (Dervy, 1998).

(1) Jean-François Marquet. Philosophies du secret. Études sur la gnose et la mystique chrétiennes (XVle-XIXe siècle), Paris, éd. du Cerf, Collection Patrimoines Christianisme, 2007,398 pages, 39 €.