En quête de l’ésotérisme chrétien
Par CEAPT Symbole copyright, jeudi 27 septembre 2007 à 17:06 - Livres - #120 - rss
Au moment où paraît la volumineuse étude du père Rousse-Lacordaire sur l’ésotérisme chrétien (1), il est bon de signaler l’ouvrage d’André Vandamme, paru il y a peu sur le même sujet — trop peu fréquenté —, Les trésors cachés de l’Évangile selon Matthieu – Pour une réhabilitation de l’ésotérisme chrétien (2). Ce livre est composé d’un avant-propos d’ordre général et du texte de l’Évangile selon Saint Matthieu commenté verset par verset.

Saint Augustin (Gravure du XVe siècle).
Une autre démarche à signaler dans le livre d’André Vandamme est celle qui consiste à accorder une certaine importance à sa propre expérience spirituelle, qu’elle appartienne ou non à l’enfance (l’auteur rapporte d’ailleurs que ce conseil fut donné par le Dalaï-Lama à ses disciples lors de son arrivée en Europe, après guerre). Il est à noter que cette démarche, évidemment tout à fait contraire à l’esprit universitaire, semble bien étrangère à la plupart des études sérieuses écrites par des occidentaux, bien qu’elle soit, de toute évidence, gage de Vérité.
Une “exotérisation” du christianisme
Une des thèses principales défendues par l’auteur est celle d’un changement de nature du christianisme, entre la communauté des esséniens et les primitives églises judéo-chrétiennes d’une part, et les églises de gentils (gréco-romains) créées par Saint Paul d’autre part. Saint Paul n’aurait pas mis l’accent sur l’initiation chrétienne dans son action apostolique, contrairement au Christ avec ses disciples : il aurait plutôt délivré aux gentils un enseignement théorique, recrutant parmi toute la population gréco-romaine alors que Jésus choisissait ses disciples et les initiait à d’autres moments que ceux où il enseignait la foule. Il faut dire que, malgré l’apparence négative de ce changement de nature du Chrisitanisme, celui-ci a bien été «providentiel» (3). On rappellera que cette thèse d’une “exotérisation” du Christianisme est magistralement exposée par René Guénon dans son article "Christianisme et initiation" paru dans les Études Traditionnelles de septembre-décembre 1949 et réédité dans Aperçus sur l’ésotérisme chrétien ; elle a également été reprise par Faouzi Skali dans Jésus dans la tradition soufie (éd.Albin Michel). Guénon, qui s’était jusqu’alors refusé à s’exprimer sur le sujet, a écrit cet article à la toute fin de sa vie pour répondre à une forte sollicitation de ses lecteurs. Précisons toutefois que, par rapport à M. Vandamme, il ne parle pas de saint Paul et situe plutôt ce changement de nature du christianisme au IIème ou au IIIème siècle.
Nombre de considérations très justes de l’auteur mériteraient d’être évoquées. Il est toutefois impossible d’en faire la recension exhaustive. Il faut, en revanche, signaler quelques notations beaucoup plus contestables. Ainsi lorsque l’auteur tente d’établir un rapport entre la physique moderne et les études traditionnelles — semblant même donner la supériorité à la première ! Il est bon de rappeler ici, à la suite de René Guénon, aussi nommé en arabe Abd el Waheb Yahia — “le serviteur de l’Unique qui revivifie” —, qu’il ne peut y avoir le moindre rapport entre les sciences modernes — absolument coupées de tout principe spirituel — et quoi que ce soit qui puisse être authentiquement qualifié de “traditionnel”. On ne peut évidemment que déplorer chez M. Vandamme de telles confusions, qui participent trop évidemment des tendances «New Age».
Au total, et nonobstant quelques réserves, on ne peut cependant qu’être nourri de l’amour que M.Vandamme met dans ses recherches et qui transparaît dans son livre ; cela fait parfois naître l’enthousiasme pour des recherches personnelles… Il faut signaler aussi que les amateurs de numérologie seront sans doute satisfaits, de même que les curieux invétérés. Comme le conseille très clairement l’auteur au début de son ouvrage, ne prenons pas pour du “pain béni” toutes les hypothèses qu’il expose. Mais réjouissons-nous de la passion qu’il transmet !
M.H.
1) Ésotérisme et christianisme. Histoire et enjeux théologiques d’une expatriation, par J. Rousse-Lacordaire. Paris, Les Éditions du Cerf, Coll. Cogitatio Fidei, 2007, 366 p. Cf. l’article de David Bisson dans la livraison de septembre 2007 de la lettre de Symbole.
2) Les trésors cachés de l’Evangile selon Matthieu – Pour une réhabilitation de l’ésotérisme chrétien, par André Vandamme, éditions Alphée, 2006, 600 pp., 23,90 €.
3) Sur ce sujet, on se reportera utilement à Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, de René Guénon, éd. Gallimard.

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