Christian Charrière, fils et combattant de l’Ombre
Par CEAPT Symbole copyright, mardi 4 septembre 2007 à 17:51 - Christian Charrière - #109 - rss
Face à la malédiction de l’Histoire des Hommes et à nos propres démons, Christian Charrière a bâti une dramaturgie poétique de la transfiguration.

Christian Charrière en 1968.
Mais cette Shakti a déserté notre monde. Elle ne s’est pas remise de Lumières par trop aveuglantes, d’une Raison par trop objectivante, d’une Transparence par trop réductrice. Elle n’eut alors de refuge que le recours aux forêts où elle confia son dépôt sacré. On l’avait acculée à l’ombre. L’ombre la prit sous son aile, promettant de la venger.

Dans le noir est la voie
De temps en temps, cette fille de l’analogie, de nos sens subtils et des paysages verdoyants, sort de son antre. Elle montre alors, à ceux pour qui la nostalgie des origines n’a pas été encore occultée, sa parure scintillante et son corps de princesse. Choisissant ses montures, elle revient jusqu’à nous, sous couvert de Romantisme allemand ou de littérature fantastique. Ses cavaliers, aux grands horizons intérieurs, «vagabonds de l’absolu» s’en revêtent comme armure protectrice, semant la désolation parmi les «vieilles bûches», les «étouffe-merveilles» et autres «étrangleurs de licornes» que sont les adeptes de la Bovine society, des systèmes totalitaires et des infra-cultures. Ils clament que nous vivons les temps opaques de la solidification — et ce, d’abord en nous-mêmes.
Ainsi quand il s’agit de monter au «créneau du jour», instruit par ses songes et sas anges, «nos jumeaux célestes», il s’agit de s’armer du trousseau de clés du symboliste et du sens de l’émerveillement. «Le monde est un miroir. Une meule pour ton outil…» dit l’alchimiste. Les signes sont autant de rendez-vous à décrypter et l’argile de nos vies autant d’or à sceller. Le camp de base est l’amour. Notre soleil intérieur, la connaissance de soi. «Il n’y a pas d’autres réalité que le vide plein de Soi.» Pour y accéder il nous faut «baptiser» l’ombre en refaisant le chemin de la chute, en vivant l’enfer de cette âme du monde délaissée, car «dans le noir, est la voie».
La méditation, l’invocation des puissances tutélaires et protectrices, la juste respiration, le silence, et l’obéissance au destin personnel, toutes choses de l’ordre de l’intime, briseront nos carapaces et mettront à mort nos vieilles peaux. Ainsi «l’être de diamant» qui est au centre de nous sera libéré. Le mental agité et discursif laissera la place à l’intuition des principes et à la prière ininterrompue. L’étincelle divine qui sommeille en notre for intérieur pactisera de nouveau avec le cosmos… «Pour celui qui prie dans son cœur, le monde entier est une église.» (Silouane de l’Athos)…
Cette énergétique de l’adoration s’origine dans nos patries célestes, dont la naissance à ce monde nous a exilé et qu’il s’agit de réintégrer.

Une France ineffable
La carte invisible de Christian Charrière représente un pays de saveurs et de savoir. Un monde dont les couleurs nous font oublier qu’elles ne sont que les souffrances de la lumière. Dans les visions de brillance paradisiaque de l’auteur des Vergers du ciel, la connaissance est d’or et le supra-sensible, d’azur, l’amour y est empourpré et les cités sont d’émeraude. C’est un haut pays profond où des jeunes filles songeuses, à la longue chevelure blonde, parlent doucement et mystérieusement sous les tilleuls, où l’on n’entend que le murmure des sources, l’allégresse des feuillages de l’intermonde ou encore, «les chansons de marche d’une troupe d’enfants derrière les collines.»
De même flotte au-dessus de nous, «pareille aux cités fantastiques du songe, une France subtile… Une France ineffable, toute bruissante de chants d’église, de claquements d’oriflamme, de galops de cavalerie et des forêts agitées par le vent.» Nos chemins tracés sur le sol correspondent aux voies à jamais tracées dans le ciel.
Chaque nation, pour Christian Charrière, est une aire de décollage : «Par son égrégore et les grandes figures archangéliques qui le couronnent, le Royaume de France nous propose un chemin de transfiguration. Qui voit le soi voit le Roi ; qui voit le Roi voit son centre !» Mais l’âme de la France «cette vallée verdoyante de la féminité du monde dédiée à Notre Dame» lui apparaît fourbue.
Et comme toutes les vérités principielles, Christian Charrière nous les a confiées avec une langue prolifique en jeux de mots et en images fruitées, restituant ainsi à l’écriture, cet art de la main, son aura magique. Une écriture dont les mots, «pollen bleu des lèvres», ne sont que vibrations.
O. G.
*Les citations de ce texte sont extraites des Vergers du ciel, du Baptême de l’ombre et de L’Âme du monde.

Autres textes sur Christian Charrière :
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La Clé des Songes de Christian Charrière, ce peintre des mots
En souvenir de l'âme…
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