Il convient tout d’abord de rappeler la signification la plus profonde du sacrifice, car l’étude de ses différentes applications sera par la suite grandement facilitée : disons d’emblée que le principe même du sacrifice est intimement lié à l’acte de la Création elle-même. En effet, de quelque façon que celui-ci puisse être appréhendé, on comprend qu’il nécessite une sorte de «transfer » — la Volonté créatrice se manifestant par son «épanchement» cosmique (Maïmonide) — ou encore de «retrai » (le Tsim tsum de la mystique juive) de la part du Créateur, qui peut être considéré, selon les différents points de vue auxquels on se place, comme une forme d’ablation et de “don” (puisque, selon l’adage scolastique «le Bien est diffusif de soi»), ou encore comme un auto-sacrifice et une mort symbolique — sans lequel le processus de manifestation ne peut se développer.
Le «fondement métaphysique» du sacrifice, écrit Jean Hani, «c’est, aussi étonnante que puisse paraître la formule, le sacrifice éternel de Dieu. Le sacrifice de Dieu, c’est la création. La création est, d’une certaine façon, l’humiliation de Dieu par rapport à Son Absolu. Dieu qui, dans Son Absolu, ne se rapporte à rien hormis à Soi-même, devient un absolu-relatif : posant l’être de créature, Il entre en relation avec lui. Ce fait de Se mettre en relation est le sacrifice de l’Absolu et le sacrifice de l’Amour pour cet “autre” qu’Il pose Lui-même comme créé du néant.» (1)

Deux phases complémentaires

Le sacrifice premier est donc celui du Créateur Lui-même, bien que celui-ci ne soit pas affecté par l’acte créateur et que «toutes choses qui semblent être “en dehors de Dieu”» soient en réalité «en Lui, de même qu’Il est en elles» (2). Dans la tradition védique, Prajâpati, le «Seigneur des êtres produits» est le premier sacrifiant et la première victime sacrificielle. C’est de la division de ses membres, passage symbolique de l’unité au multiple, que sont issus tous les êtres manifestés (3). Le sacrifice dans son sens le plus élevé doit donc être regardé comme une image de ce premier sacrifice cosmogonique (4) et l’on comprend alors pourquoi, dans toutes les traditions, le sacrifice constitue l’acte rituel par excellence — au point que tous les actes rituels y sont reliés d’une façon ou d’une autre.
Notons au passage que l’on peut aussi symboliser la manifestation par la diffusion du son, spécialement en fonction de son développement en mode vibratoire — le Verbe Divin de la Bible.(5) C’est alors le grand silence de la Non-Dualité qui est ici sacrifié. La musique rituelle en est la représentation dans les sociétés traditionnelles, ce qui mériterait toute une étude spécifique. Dans le mythe égyptien d’Osiris il est aussi question de membres dispersés et bien qu’il s’agisse ici d’un meurtre, c’est au fond le même processus cosmogonique qui est retracé. Dans la tradition hébraïque, c’est de la fragmentation du corps de l’Adam Qadmon par une sorte de “désintégration” qu’a été formé l’Univers avec tous les êtres qu’il contient. C’est par le prélèvement d’une côte d’Adam que va naître Eve et par la suite l’humanité.
En premier lieu, le sacrifice consiste ainsi en une division, laquelle est indispensable à la création et constitue, en fait, l’ «acte d’amour divin». Nous sommes donc là dans un processus “descendant”, qui est certainement l’aspect le moins bien compris du sacrifice.(6)
On notera que dans cette phase où le créateur est unité, la «victime» et le «sacrifiant» sont nécessairement identiques. Mais le sacrifice comporte toujours deux phases complémentaires, l’une de «désintégration», que nous venons d’évoquer, et l’autre de «réintégration». Cette dernière phase — cette fois ascendante ou “remontante” —, est généralement mieux perçue et c’est ici que s’applique véritablement l'étymologie du mot sacrifice, du mot latin sacrificium (sacra et facere), “rendre (des choses) sacrées”. La restauration de l’Un par le retour en son sein de ses créatures, voilà en effet le véritable et ultime but du sacrifice dans son sens “remontant”. Le Créateur est cette fois, si l’on peut dire, le «bénéficiaire» du sacrifice, et la créature la «victime» : «C’est à Lui maintenant de nous boire jusqu’à la dernière goutte, et à nous d’être son vin». (7)


Le sacrifice d'Abel et de Caïn. "Il ne faut pas y voir une supériorité du sacrifice animal sur le végétal, mais plutôt la distribution de fonctions particulières dévolues aux deux frères et liées au cycle descendant dans lequel ils se trouvent."


La voie du «retour à Dieu»

Pour toutes les traditions, la recomposition de l’état primordial constitue une nécessité absolue qui s’exprime, bien entendu, sous différentes formes. Ainsi, en Égypte, c’est Isis qui va partir à la recherche des différentes parties du corps d’Osiris et le reconstituer pour donner naissance à Horus. C’est aussi le sens qu’il faut donner à l’injonction de «rassembler ce qui est épars» des confréries de constructeurs où, symboliquement, le rapport qui existe entre l’édifice et les matériaux disséminés qui servent à son édification, éclaire bien notre sujet. Il ressort de toutes ces considérations que le sacrifice est toujours une imitation et une actualisation de «ce qui a été accompli au commencement par le Créateur», et c’est à ce titre qu’il constitue un moyen pour la créature de s’élever vers son Créateur. C’est ainsi que celui qui s’est éloigné de Dieu, pourra à nouveau s’en rapprocher en réparant sa faute ou sa “transgression” — son “oubli” de Dieu — à travers le sacrifice qui implique la repentance et, précisément, le «souvenir de Dieu». L’oblation “extérieure” doit bien entendu ici servir tout à la fois de symbole et de support à l’oblation “intérieure”, qui seule ouvre la voie du retour à Dieu. Tel est le sens étymologique du mot hébreu «QoRBâN», sacrifice, qui signifie aussi «s’approcher» et «s’élever» par son radical «QâRaB».
Le terme de sacrifice s’emploie pour une grande variété d’actes qui se rattachent à tout ce qui a été dit précédemment et qui ne peuvent avoir de sens autrement. Habituellement, on l’utilise surtout pour les sacrifices sanglants. Dans d’autres cas on parle d’«offrandes», notamment lorsqu’il s’agit de nourriture. En réalité, peu importe les mots utilisés — abandon, libation, oblation, renoncement, etc. — car la signification est fondamentalement la même.
La sensibilité moderne, par nature émotive car dominée par les sens, ne comprend plus guère aujourd’hui le symbolisme contenu dans les sacrifices sanglants. Pourtant, le sacrifice de la vie est bien évidemment celui qui se rattache le plus immédiatement à son principe même — et c’est la raison pour laquelle le sacrifice humain y trouve en théorie sa justification, au-delà de toutes considérations “sentimentales” (8). La substitution par Dieu d’un bélier à Isaac, lors du “sacrifice d’Abraham”, marquera la fin des sacrifices humains pour les traditions abrahamiques. On entre alors dans un cycle où les victimes des sacrifices «sanglants» seront des animaux — animaux qui devront, en outre, présenter certaines particularités qui les rendront propres au sacrifice. Ce sont toutes ces prescriptions qui sont données au peuple d’Israël dans le Lévitique. À Rome comme en Grèce, l’acte sacré par excellence était la mise à mort rituelle d'un animal en l’honneur des dieux, notamment dans des “tauroboles” où un expiateur, prêtre ou fidèle, se faisait arroser du sang d’un taureau immolé. Les musulmans, quant à eux, commémorent le sacrifice d’Abraham lors de la fête de l’«aïd el-Kebir» en égorgeant rituellement un mouton.
Les chrétiens, en revanche, n’ont plus à faire de sacrifice sanglant, puisqu’ils en ont été affranchis par le sacrifice du Christ Lui-même — et c’est d'ailleurs ce qui leur permet de consommer des animaux abattus sans rituel particulier, notamment sans les saigner. On comprend alors que la messe doive être considérée comme le vrai sacrifice du corps et du sang de Christ. La messe et le sacrifice de la Croix constituent un unique sacrifice ; la victime et le sacrificateur sont les mêmes : le Christ. On rappellera à cet égard que le sacrifice de la messe est accompli par le prêtre «in persona Christi». (9)
Par ailleurs, le Fils qui est dans un de ses aspects, le principe et le tout de la Création, «premier né de la création» selon l’expression paulinienne, le Fils, en tant que tel, est éminemment le sacrifice de Dieu. Aussi «l’Incarnation était-elle inscrite dans la “logique”, si l’on peut ainsi parler, du Fils de Dieu, avec pour dessein d’accomplir ce qui doit l’être de toute nécessité : à savoir la réintégration de la Création dans le Créateur. Car le sens même du sacrifice, en tant que rite de la terre montant vers le ciel, c’est de répondre au sacrifice divin dont le mouvement va du ciel à la terre, et de ramener ainsi toute chose dans leur Principe divin. (…) Le Saint sacrifice de la Messe n’a d’autre but que de nous faire parcourir ce trajet, comme le dit l’oraison suivante : “Que ces saints mystères, dont la puissante vertu nous purifie, nous mènent plus purs, Seigneur, à celui qui en est le principe.” (Secrète du premier dimanche de l’Avent).» (10)
Si le sang joue un rôle aussi important dans les sacrifices que nous venons d’évoquer, c’est bien entendu dans la mesure où il est considéré comme le véhicule la vie et donc représente ce qu’il faut “rendre”, tout au moins symboliquement, au Créateur pour retrouver l’unité perdue.
Chez les Juifs, les sacrifices avaient principalement pour but de réparer les fautes qu’ils pouvaient avoir commises et un profond sentiment de repentir devait accompagner celui qui offrait le sacrifice. Mais qu’il s’agisse de sacrifices expiatoires, rémunératoires ou de pacification, l’idée d’une «action de grâce», destinée à favoriser un rapprochement, voire une alliance avec le divin, était toujours présente.
Les chrétiens auront aussi de plus en plus tendance à donner au sacrifice un côté «expiatoire». Ainsi, si la Chanson de Roland magnifie l’esprit de sacrifice du chevalier, une évolution notable intervient chez Chrétien de Troyes. Les chevaliers y représentent toujours l’esprit de sacrifice dans le respect d’un code de l’honneur, mais ils sont victimes, que ce soit Perceval ou Gauvain, d’une «faute» qu’il leur faut expier et qui les empêche de mener à bien leur quête. Cette tendance va même parfois jusqu’à exiger une véritable mortification, comme si le renoncement ne pouvait s’opérer que dans la douleur, ce qui n’est conforme ni aux enseignements de l’Ancien Testament, ni à ceux des Évangiles : «Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites ... Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage ...». (11)


"Pharaon s'offrant lui-même en offrande dans une action destinée à symboliser le retour au Créateur."


Le sacrifice et l’offrande

Lorsqu’il ne s’agit plus de sacrifice sanglant, on utilise plutôt le terme d’«offrande», bien que la distinction entre offrande et sacrifice n'apparaisse pas toujours clairement. Si l’on s’accorde à baptiser la mise à mort rituelle d’un animal du nom de “sacrifice”, on peut hésiter à qualifier ainsi les oblations végétales. Pourtant, l’oblation végétale, dans la mesure où elle est effectuée rituellement, constitue bien un “sacrifice” puisqu’il s’agit toujours de retrancher quelque chose de l’univers créé en vue de l’offrir ou de le “rendre” au Créateur.
Il en va ainsi de l’offrande des prémices qui sont le prélèvement, sur un bien dont les hommes vont bénéficier, spécialement les récoltes, pour l’offrir au créateur. Sa destruction et le fait qu’il s’agisse d’une privation “sacralisée”, l’apparente sans conteste à un sacrifice.
On se souvient que dans la Bible le sacrifice animal d’Abel est reçu par Dieu — ce qui pourtant ne lui permettra pas échapper à son funeste destin —, alors que l’offrande végétale de Caïn n’est pas agréée mais, bien que maudit, il reste en vie. Il ne faut pas y voir une supériorité du sacrifice animal sur le végétal, mais plutôt la distribution de fonctions particulières dévolues aux deux frères et liées au cycle descendant dans lequel ils se trouvent. D’ailleurs, Melchisédech, prêtre du Dieu Très Haut, qui, lui, fait fonction de «transmetteur» d’une autorité spirituelle auprès d’Abraham, fait l’offrande du pain et du vin (Genèse 14.18), préfigurant ainsi celui du Christ.
Dans l’Egypte ancienne, l’offrande est omniprésente, notamment par de multiples représentations sur les murs des temples et des tombes. Les sacrifices sanglants n’existaient que sous la forme d’abattages rituels d’animaux, principalement de bœufs, et étaient réalisés dans des abattoirs consacrés. La cuisse avant gauche de l’animal était prélevée et constituait l’offrande proprement dite. Mais la majeure partie des offrandes étaient de type soit végétal (fleurs, laitue…), soit alimentaire (pain, vin…) ou concernait des éléments essentiels comme l’eau et le feu. On trouve de très nombreuses représentations de Pharaon offrant Maât, l’ordre cosmique, ou s’offrant lui-même sous la forme d’une statue d’argent à Amon. Il est encore plus clair dans ces cas, qu’il ne s’agit pas d’un «cadeau» mais bien d’une action destinée à symboliser le retour au Créateur. Une fois par an avait lieu la grande fête des prémices au cours de laquelle une partie de la récolte céréalière était sacrifiée.
Offrande en hiéroglyphique s’écrivait «HoTeP» et signifiait également «être en paix» et «satisfaction». On remarquera qu’en retournant les lettres, on obtient «PTaH»,(12) qui est le démiurge de Memphis, le dieu créateur par excellence, celui qui a existé avant toute chose, qui a d’abord conçu le monde par la pensée, puis l’a réalisé par le Verbe et donc est le principe divin descendant. Là encore, comme on le voit, le sacrifice comporte ces deux phases, montante et descendante.
Pour symboliser le sacrifice primordial, il est nécessaire d’organiser l’espace dans lequel va se dérouler le rituel sacrificiel : celui-ci se répartit entre espace sacré et espace profane, l’espace profane étant, par étymologie, situé devant le temple. L’espace sacré se compose quant à lui d’une succession de parvis et de cours hypostyles ou à ciel ouvert (comme dans les temples égyptiens ou dans le second Temple de Jérusalem), pour arriver enfin au Saint des Saints, lieu sacré par excellence où réside la Présence réelle (la Shekhina). Chacun, selon son degré de pureté ou de réalisation spirituelle, pourra s’avancer plus ou moins avant à l’intérieur du temple — cette structuration de l’espace symbolisant le cosmos lui-même.
Les églises chrétiennes ont gardé cette disposition : au parvis succède le narthex puis la nef, parfois isolée des clercs par un jubé, le transept et enfin le chœur où se trouve la place de l’autel et du célébrant, et le tabernacle, (13).
Un «rite de passage», la libation, s’effectuait pour entrer dans le domaine du sacré et pour en sortir. Cela consistait à répandre, sur un autel ou sur le sol, du vin mêlé d'eau, ou tout autre liquide ; une prière ouvrait et concluait les cérémonies.


"L’espace sacré du temple de Jérusalem se compose quant à lui d’une succession de parvis et de cours pour arriver enfin au Saint des Saints, lieu sacré par excellence où réside la Présence réelle (la Shekhina)."


Le mot sacrifice a connu de nombreuses utilisations plus ou moins déviées et éloignées de son principe en passant dans le langage courant ; nous n’en signalerons que quelques exemples pour mémoire. Ainsi, on l’emploie pour désigner le fait de détruire ou laisser détruire une partie d'un ensemble en vue d'un objectif global jugé plus important : sacrifier une escouade afin de gagner une bataille ou une guerre par exemple. De même, aux échecs, le sacrifice d’une pièce plus ou moins importante s’exécute dans le but d’en tirer un bénéfice ultérieur, voire de mater l’adversaire. On remarquera incidemment l’impossibilité de sacrifier le Roi dans ce jeu, sa perte mettant immédiatement fin à la partie. Parfois le sens du mot sacrifice est aussi complètement oublié, comme dans l’expression «sacrifier à ses passions» ou l’usage dans le commerce de la vente à «prix sacrifié».

Le sacrifice, d’un point de vue commun, est un sujet rebutant, qui ne peut inspirer qu’un sentiment de réticence, puisqu’il est compris négativement comme une privation — ce qui est effectivement insupportable tant que celle-ci apparaît comme dépourvue de véritable justification, ou qu’elle est purement et simplement rejetée. Il est vrai que l'homme a bien le droit de faire l’expérience des dons de la nature — de la multiplicité — sans quoi la condition humaine terrestre serait privée de contenu positif ; mais dans la perspective de sa “réintégration” dans l’Unité du Principe, il a aussi le devoir de renoncer à l’excès, aux “idoles” du monde, de résister aux puissances de dissociation et aux forces centripètes qu’exercent l’illusion de la “séparativité” — et le sacrifice, alors, peut être compris comme un élément régulateur.

De tout ce qui vient d’être dit, on mesure à quel point s’illusionnent ceux qui pensent s’être engagés sur une voie de réalisation spirituelle, voire “initiatique”, tout en ignorant l’absolue nécessité d’une démarche sacrificielle — ou pire, en prenant le sacrifice dans son acception la plus basse (14). En tentant désespérément de satisfaire d’insatiables envies dans le but d’obtenir ce que l’on qualifie aujourd’hui de «bien-être» ou «réalisation personnelle» et qui ne peut, dans le meilleur des cas, n’être que très provisoire, le sacrifice devient alors celui du Tout au bénéfice d’un «moi» qui n’est rien, alors que seul un sacrifice du «moi», par un renoncement, au moins progressif, peut permettre d’obtenir, par une sublime métanoïa, la pleine et éternelle possession du Tout. C’est l’enseignement fondamental contenu dans toutes les traditions.

C.M.



(1) Jean Hani, La divine Liturgie, page 29, éd. Guy Trédaniel – (2) Léo Schaya, La création en Dieu, à la lumière du judaïsme, du christianisme et de l’islam, éd. Dervy, 1983 – (3) «Quand il eut émis les créatures, ses membres se détachèrent de lui» (Satapatha-Brâmana 1,6,3,35), car les créatures sont ses membres qui un à un se détachèrent de lui (Satapatha-Brâmana VII, 5, 2,26). – (4) «Nous avons déjà dit, à diverses reprises, que tout sacrifice rituel doit être regardé comme une image de ce premier sacrifice cosmogonique; et, dans tout sacrifice aussi, comme l’a fait remarquer M. Coomaraswamy, la victime, ainsi que les Brâhmanas le montrent avec évidence, est une représentation du sacrifiant ou, comme l'expriment les textes, elle est le sacrifiant lui-même ; en accord avec la loi universelle suivant laquelle l'initiation (dîkshâ) est une mort et une renaissance, il est manifeste que l'« initié est l'oblation» (Taittiriya Samhitâ, VI, 1, 4, 5), «la victime est substantiellement le sacrifiant lui-même» (Aitarêya Brâhmana, II,11)» René Guénon, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, ch XLVI p 281. – (5) Frithjof Schuon, «Du sacrifice», Études Traditionnelles, avril 1938 – (6) Cf. René Guénon, «Réalisation ascendante et descendante», Initiation et réalisation spirituelle, ch XXXII . – (7) Ananda-K. Coomaraswamy, Hindouisme et Bouddhisme, Folio, essais, 1995 – (8) Les sacrifices Aztèques offraient ainsi, si l’on en croit les conquistadores, des milliers d’hommes dont le cœur était arraché pour nourrir le soleil et lui donner la force de se lever chaque jour. Le caractère manifestement «excessif» de ces sacrifices — s’il n’a pas été exagéré par les envahisseurs —, peut toutefois laisser penser que cette “civilisation” était entrée dans un processus de dégénérescence. – (9) «Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est reçu en nourriture, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné.» (Vatican II, Sacrosanctum concilium 47). – (10) Jean Hani, La divine Liturgie, page 30, éd. Guy Trédaniel – (11) Mathieu 6.16 – (12) L’écriture hiéroglyphique est principalement consonantique. On ne tient donc pas compte ici des voyelles qui ne sont indiquées que pour faciliter la lecture. – (13) Cf. Jean Hani, Le symbolisme du temple chrétien, éd. Guy Trédaniel, 1990. – (14) «Nous voudrions attirer spécialement l'attention aujourd'hui sur les rapports étroits qui unissent le processus initiatique et le sacrifice, l'un et l'autre à vrai dire étant inséparables parce qu'il s'agit essentiellement d'une même réalité, ce dont beaucoup semblent ne pas s'apercevoir, à moins qu'ils ne préfèrent ne pas trop y penser parce que, sans se l'avouer peut-être, cela les dérange et leur fait peur. Est-il bien nécessaire d'ajouter que, dans ces conditions, leur désir de réalisation supposé n'est qu'un leurre.» Elie Lemoine, Études Traditionnelles, numéro 513, juillet 1991.