Jacques Le Vallois : "La connaissance n’est “cachée” que parce que nous ne la voyons pas !"
Par CEAPT Symbole copyright, samedi 10 février 2007 à 15:15 - Entretiens - #49 - rss
En 1980 naissait une revue mensuelle au titre prometteur d’Aurores. D’une conception ouverte sur toutes les formes de réalisation spirituelle, en liaison avec les théologies, cosmogonies et les philosophies, cette revue se plaçait dans une perspective traditionnelle globale. Vingt ans après, nous avons interrogé son fondateur, Jacques Le Vallois, pour connaître, avec le recul du temps, sa position sur cette création qui fut, en son temps, un point de convergence. Dans cet entretien, il réfléchit, entre autres, sur le rôle d’éveil qui peut être joué aujourd’hui : "L’ambition de celui qui voit la dérive du monde actuel, souligne-t-il, est d’œuvrer — modestement — pour tenter de maintenir, à son endroit, un certain niveau de conscience. Mais les maîtres, les sages sont peut-être plus nombreux qu’on ne le pense. Certains sont reconnus, d’autres pas. Un sage ne se préoccupe pas, a priori, de “communiquer”. Mais il peut essayer de transmettre sa sagesse si quelqu’un le lui demande et s’il est prêt à recevoir cette transmission…"


Comment avez-vous été amené à créer Aurores ? Quel a été votre itinéraire, intellectuel et spirituel ?
Jacques Le Vallois : Tout d’abord, l’intuition qu’il pouvait exister une réalité autre que celle qui nous est directement sensible, m’a porté à m’intéresser à une connaissance supposée dont certains sages, mystiques, saints, poètes se sont fait l’écho. Mais il a fallu que j’admette assez rapidement que cette démarche ne pouvait pas être uniquement “intellectuelle”. Un engagement plus complet était nécessaire pour accéder à cette connaissance.
Parallèlement, j’étais fasciné par la cohérence des témoignages concernant ce que j’appelle la dimension spirituelle : malgré des cultures, des époques et des lieux différents, ils semblaient tous puiser, pour l’essentiel, à une même source. De nombreux auteurs, chercheurs, traducteurs ont contribué, surtout à partir du début du siècle dernier, à nous faire connaître les cultures traditionnelles indo-europénne et d’Extrême-Orient. Je pense notamment à René Guénon qui publia dans la revue La Gnose une suite d’articles constituant un livre qui resta longtemps incontournable : L’homme et son devenir selon le Vedânta. D’autres livres importants du même auteur ont marqué ma génération : Le symbolisme de la croix, Orient et Occident, La crise du monde moderne pour ne citer que ceux-là. L’œuvre de Guénon a été déterminante pour faire passer l’idée d’une Tradition Universelle encore bien vivante. Dans cette mouvance, des auteurs comme Ananda Coomaraswamy, qui avait une double culture occidentale et indienne, Luc Benoist, Jean Hani, Georges Vallin, Jean Biès, ont apporté leurs pierres à l’édifice.
Lorsque j’ai pensé à l’intérêt que pouvait représenter la publication d’un périodique tel qu’Aurores, je prenais des cours de sanskrit avec Philippe Lavastine pour approfondir l’esprit et le sens des Upanisads. À l’époque, il donnait des conférences sur des thèmes traditionnels concernant principalement l’Inde où il avait vécu dix ans. Ses conférences étaient passionnantes et riches d’enseignements : il faisait ressortir ce qu’il pouvait y avoir de commun avec les mythes et les rites de civilisations aussi apparemment différentes que celles de l’Egypte, de l’Extrême-Orient ou de la Mésopotamie. On voyait, à l’évidence, qu’une civilisation ancienne n’aurait pas pu ne pas être “religieuse”, c’est-à-dire reliée à un centre, et en même temps, au ciel, au cosmos, dans un langage imagé par des représentations symboliques, des rites, etc. Cet ensemble d’activités propres à créer une civilisation avait pour effet de maintenir une cohésion de toutes les couches de la population, tant par les pratiques religieuses que par celles des fonctions nécessaires à la bonne marche de la société. À cette période de la fin des années 1970, j’avais aussi entrepris d’éditer — ou de rééditer — des ouvrages de Saint-Yves d’Alveydre, Luc Benoist, Ananda Coomaraswamy, dans une collection que j’avais nommée Tradition Universelle.
À ce moment-là, vouloir faire partager les découvertes de la connaissance traditionnelle, et aussi celles des formes de savoir plus récentes, dans le domaine scientifique notamment, à travers un périodique, me semblait être une idée captivante. Cela permettait aussi de rendre compte de l’actualité de l’édition de livres et de manifestations, de stages, de conférences, etc. Et puis, après quinze ans de journalisme, le choix de l’édition d’un périodique me paraissait aller de soi. Quant à la question de la forme, et plus précisément du format tabloïd, c’était surtout un choix économique : le façonnage était réduit à un encartage et pliage. Mais cette formule de présentation en format A3 (double du 21 x 29,7) permettait une mise en page attractive qui pouvait, par exemple, accueillir l’amorce de plusieurs sujets à la “une”. De plus, la qualité du papier couché assurait une excellente impression, ce qui incitait nos lecteurs à conserver les numéros.

Mars 1980 : le premier numéro de la revue.
Pourquoi avez-vous choisi ce titre d’Aurores ?
Aurores, au pluriel, avec son sous-titre emprunté aux Védas : "Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui". Ce message de promesse et de renouvellement, repris par Nietzsche, convenait bien à l’esprit d’ouverture et de temps cyclique que nous voulions transmettre à nos lecteurs. Chaque jour, le même soleil apparaît sur toutes les régions de la terre, et cela depuis toujours, et chaque jour une remise en question peut avoir lieu, non pas avec des idées, mais avec la capacité à vivre l’instant présent qui nous est donné lors de son apparition.
À cette époque pensiez-vous qu’il y avait un courant d’intérêt puissant pour les grands thèmes de la pensée traditionnelle ?
Il m’avait semblé en tous les cas, qu’un intérêt pour une dimension spirituelle, hors des instances religieuses établies, dogmatiques, commençait à se développer dans des milieux très différents. En même temps, cette spiritualité pouvait prendre des formes très diverses en puisant leur inspiration dans les disciplines traditionnelles d’Orient et d’Occident. L’idée était de réunir des textes, des témoignages de recherches et des expériences venant d’horizons divers, dont le dénominateur commun serait une tentative d’ouverture sur une sorte de connaissance qui échapperait à un savoir d’ordre cumulatif, tout en impliquant une sensibilité de l’être.
Mais il faut relativiser l’importance de ce courant. L’expérience d’Aurores me montre, s’il en est besoin, à quel point était limité le nombre de personnes vraiment intéressées par ces questions. À partir des années 1950, on trouvait de plus en plus de livres sur la spiritualité, surtout en ce qui concerne les disciplines orientales. Si Guénon avait ouvert la voie, d’autres ont pris la relève : ce fut notamment le cas de Jacques Masui qui, durant 35 ans, et en tant que directeur de collections, publia, d’abord chez Acte Sud et ensuite chez Fayard, les fameux Documents Spirituels et la revue Hermès. D’autres éditeurs comme Maisonneuve-Larose, Vrin, Dervy-Livres, Albin Michel ont largement contribué à ouvrir ces domaines de connaissances, bien que ces livres n’aient jamais fait de grands tirages. N’oublions pas non plus le rôle fondamental de chercheurs universitaires tels que Paul Mus, Mircea Eliade, Georges Dumézil, Henri Corbin, pour ne citer que ceux-là, à qui l’on doit de connaître bien des aspects de civilisations dont on ne savait pratiquement rien.
Et puis, dans chaque numéro, nous consacrions une place à une approche scientifique du Réel. La science, et particulièrement la physique, en abandonnant l’observation directe sensible et ses instruments de mesures classiques, avec la mécanique quantique, s’est trouvée confrontée à des aspects du Réel qu’elle ne soupçonnait pas. Depuis le début du XXe siècle, Einstein, Planck, Bohr, Heisenberg, pour ne citer que ces physiciens, mettent en évidence, notamment par des calculs mathématiques, la probable convergence des lois de la Nature vers une Loi. Il est très curieux que ce bouleversement, qui nous oblige à remettre en question notre conception restreinte et positiviste du monde, ne soit pas encore passé dans la conscience collective. Même si la Physique n’offre que des moyens limités, elle a encore, avec ses nouveaux outils et moyens d’investigation, beaucoup à nous apprendre sur les lois qui régissent l’infiniment grand et l’infiniment petit. Il m’avait semblé intéressant d’introduire cet aspect métaphysique du Réel dans chacun de nos numéros.
On peut dire que la convergence de tous ces apports constituait un courant assez dense et très vivant.

Quels étaient vos lecteurs ?
J’aurais du mal à les définir. En tout cas, de milieux sociaux très différents — certains avec un goût marqué pour le mystère et l’ésotérisme, d’autres plus orientés vers les formes religieuses, voire mystiques, d’Orient ou d’Occident, d’autres encore intéressés par une voie spirituelle, gnostique... Il ne me paraît pas possible d’en établir de catégories et c’est sans doute aussi bien…
Comment voyez vous à ce jour une telle expérience ?
L’intérêt pour ces sujets s’est accru ; on s’en rend compte en regardant la profusion de livres nouvellement édités, notamment ceux qui concernent la connaissance de soi. Mais évidemment le nombre ne fait pas la qualité !
Faire passer le goût de cette connaissance serait déjà une grande ambition, mais, encore une fois, l’approche livresque, même ésotérique, serait insuffisante ; un engagement individuel doit être trouvé. En même temps, il faut cesser de croire que la connaissance est "cachée". Si elle l’est, c’est à nos propres yeux, parce que nous ne la voyons pas alors qu’elle nous crève les yeux. Il n’y a rien de mystérieux au fait que nous ne voyons pas le Réel si ce n’est notre cécité. On pourrait aussi bien dire, notre surdité car évidemment il s’agit ici d’une vision qui ne concerne pas les sens mais l’entendement.
L’annonce, à nouveau, de la bonne nouvelle, une nouvelle dépouillée de toutes références dogmatiques, se fera entendre. Trop de matérialité et si peu d’espoir nous y contraindront bientôt. Nous ne savons plus, ou pas encore que cette dimension de la vie, ici-bas, est une réalité. Nous avons perdu cette connaissance.

Pourquoi l’expérience d’Aurores s’est-elle terminée aussi vite ? Les parutions ont duré sept ans. Cela me paraît être un bon chiffre… Aurores n’était pas une entreprise commerciale. Pour moi, c’était un surcroît de travail qui venait s’ajouter à une activité professionnelle. Pour que ce genre d’expérience puisse continuer, il faut que, à terme, l’entreprise soit rentable, c’est-à-dire que le tirage augmente sensiblement de façon à pouvoir faire vivre une équipe.
Est-ce qu’Aurores a laissé une trace ? Avez-vous eu des témoignages d’intérêt pour l’orientation de sa ligne éditoriale et de ses recherches ?
Si j’ai continué durant toutes ces années à assurer, mois après mois, les parutions, c’est en grande partie parce que de nombreux lecteurs enthousiastes manifestaient leur approbation et faisaient part de leurs critiques. Nous nous attachions à présenter des articles et des témoignages de qualité et les lettres de nos lecteurs étaient un encouragement constant. Est-ce que ce petit sillon a servi d’exemple ? D’autres probablement cultivent le même champ et les jeunes pousses sortiront bien un jour.
Voici vingt ans qu’Aurores a cessé de paraître. Je passe le plus clair de mon temps dans un petit village perché sur une colline de Provence. Mon intérêt pour la spiritualité n’a pas faibli, au contraire, mais j’ai pris du recul par rapport à l’actualité des publications dans ce domaine.

Lors de ces 50 dernières années, quelle idée force ou quel personnage incarnerait à vos yeux le “message traditionnel” ?
Peut-on parler de nos jours d’un message traditionnel ? Certes l’esprit de la Tradition ne subit pas l’altération du temps, mais il est continuellement faussé, trahi par les différentes interprétations et expressions formelles. Tout un chacun peut se tourner vers la contemplation active, la réflexion, l’amour, la paix. Mais, à l’évidence, c’est le désordre et la guerre qui l’emportent.
Si les messages ne manquent pas, encore faut-il qu’ils soient entendus. Que penser, par exemple, pour ce qui concerne l’Islam, du Soufi qui ne puisse faire entendre raison au Djihadiste ? Et plus généralement, du sage qui ne puisse faire entendre raison au fou ? Le message traditionnel, bien qu’existant, n’est pas suffisamment perçu ; il est donc inopérant pour le moment.
Regardez : le symbole est toujours présent dans nos églises avec une image "compréhensible" pour notre époque. Il nous fait part de la réalité d’un monde qui ne se limite pas aux apparences. Ne trouvez-vous pas curieux que, même pour ceux qui s’intéressent de très près, par exemple, à l’expression des formes romanes, la réalité dont elles témoignent ne semble pas les concerner ?
On voit le Christ représenté sur le tympan, à l’entrée des églises, entre le zodiaque du Cancer et du Lion. La position du Christ au solstice d’été dans le cycle du temps annuel traduit naturellement l’instant où le soleil passe au zénith, donc à son apogée. Mais cet instant est supra-naturel lorsqu’il est "suspendu" ; c’est celui du temps sacré éternel et présent ! L’image du Christ roman transcendant, maître de la vie et de la mort, donc du temps, évoque bien une autre réalité que l’on pourrait dire plus "réelle".
Cette idée du temps cyclique, d’un calendrier marqué par les solstices, principalement par le solstice d’été, est présente dans toutes les traditions, y compris dans le judaïsme, mais aussi dans les traditions “polythéistes”. La lecture symbolique du zodiaque céleste est commune à toutes les civilisations. Ensuite, le symbole s’enrichit de sens comme le cristal taillé miroite de ces milles facettes. Le Christ-Soleil qui domine l’univers est aussi le Christ-Lumière et le Christ-Souverain. La symbolique du Christ et de la Vierge, par exemple, se retrouve bien des siècles avant le début de l’ère chrétienne.
L’idée de l’évocation de la Vierge, renvoie aussi à un symbole très ancien qui est celui d’un lieu virginal d’où seul peut apparaître une naissance spirituelle : c’est la caverne de la Grèce antique, le lit nuptial et virginal en Mésopotamie, la chambre nuptiale en Egypte, etc. La conception virginale était classique chez les Chinois et on la retrouve en Inde, en Finlande mais aussi chez les tartares, etc.
Pour quelle raison aujourd’hui le sens symbolique est-il délaissé, mal interprété, incompris et même détourné ? La réponse paraît assez simple : tout l’espace du savoir se limite à un seul plan de conscience. Qu’elle place peut-il y avoir pour la juste compréhension du symbole, du mythe, de la parabole, du conte, de l’analogie ?
Je ne crois pas que les qualités, même exceptionnelles, d’un homme puisse changer le cours d’une époque, mais bien plutôt que c’est l’époque qui est propice à un changement. Après un cataclysme, nous voyons que l’attention collective se déplace et se concentre sur la reconstruction dans un moment de solidarité. Tout se passe comme si le retour vers soi et vers les autres est, en quelque sorte programmé. "L’Esprit souffle où il veut…".
Je ne pense pas que ce soit Lao Tseu, Bouddha, Jésus de Nazareth ou Mohammed qui ont changé leur monde en leur temps. Et d’abord, ont-ils jamais existé ? On voit bien que la question n’est pas là ! La vérité se trouve dans ce besoin impératif de changement, une révolution de l’esprit à un moment où l’oubli de soi s’est apparemment établi. Lorsque les identifications deviennent trop importantes, les tensions et la peur s’installent. A ce moment-là surgit la Parole juste qui est nécessairement entendue.
La Tradition, mais on pourrait dire aussi, la Philosophia Perennis, n’est pas cantonnée à certaines formes, elle est issue d’une sagesse éternelle et ses formes sont multiples. En ce sens, les possibilités de communiquer une pensée traditionnelle sont précieuses et aucun des efforts allant dans ce sens n’est vain ; mais de là à obtenir des résultats tangibles... c’est autre chose !
Maintenant si vous me demandez quel peut être aujourd’hui le rôle d’une personne éveillée, même celui d’un "petit" éveilleur, je le crois très important. Le but, on pourrait dire de façon un peu provocatrice, l’ambition, de celui qui voit la dérive du monde actuel est d’œuvrer — modestement — pour tenter de maintenir, à son endroit, un certain niveau de conscience. Mais les maîtres, les sages sont peut-être plus nombreux qu’on ne le pense. Certains sont reconnus, d’autres pas. Un sage ne se préoccupe pas, a priori, de "communiquer”. Mais il peut essayer de transmettre sa sagesse si quelqu’un le lui demande et s’il est prêt à recevoir cette transmission.
Je pense notamment à un homme remarquable, mort en 1981, Sri Nisargadatta dont les entretiens ont été enregistrés et publiés par Maurice Frydman. Il disait qu’avant de rencontrer celui-ci, il ne se faisait aucune idée des connaissances qu’il avait acquises et de l’ignorance qu’il avait perdue, ni si cela avait une valeur quelconque.
La question de la lutte contre l’inertie naturelle en créant des conditions propres à l’éveil s’est posée, avec plus ou moins d’acuité, à toutes les époques. Regardez les moines du Moyen-âge qui s’imposaient des conditions de vie très dures en observant la Règle de Saint Benoît. D’autres communautés, ordres, groupes, y travaillent aussi de nos jours.
Mais pour tout un chacun, je crois, d’abord que notre comportement et notre façon d’être sont primordiaux. Si nous pouvons agir favorablement pour l’actualité et la transmission d’une connaissance spirituelle, c’est encore mieux. Il faut bien savoir, en tous les cas que nous aurons toujours fort à faire avec nous-même pour mener une action avec justesse. Plus le temps passe, plus je m’aperçois du danger que nous risquons à influencer notre prochain dans ce domaine. Il est très important de veiller à ce que l’autre ressente la liberté de ses choix.

À travers l’éclectisme des interventions et des articles, comment pourriez-vous définir le fil conducteur qui a sous-tendu l’ensemble de la publication ?
Les textes sacrés, les bas-reliefs des temples, les fresques des tombeaux égyptiens, les églises, cherchent encore à nous dire quelque chose de fondamental sur notre condition d’homme mortel. Jamais le monde entier, surtout en Occident, ne s’est aussi intéressé à tout ce patrimoine pour essayer de sauvegarder ce qui peut encore l’être. Heureusement, nous restons encore sensibles à cette beauté. Des sommes colossales sont dépensées par l’Unesco, nous savons presque tout sur ce que nous appelons maintenant le patrimoine artistique mondial de l’humanité, mais nous ne comprenons pas vraiment ce qu’il veut nous dire. Si nous pouvions le comprendre nous serions capables de réaliser des œuvres de qualité équivalente. Ananda Coomaraswamy disait dans un texte que nous avions publié dans Aurores : "Sans la science, l’art n’est rien". Il aurait pu ajouter "sans la religion". Mais, vous voyez ce qui s’est passé : dans ces mondes traditionnels il n’y avait pas de science, de religion, d’art, séparés. Dans l’esprit des hommes, ça pourrait être ce que nous appelons maintenant la "culture". Mais cette étiquette est encore très approximative et surtout inutile. Ces hommes vivaient, mais ils vivaient quelque chose de plus que nous. En même temps, ils faisaient des chef-d’œuvres en y mettant toute leur science et sans se poser de questions sur le concept d’art. Alors, vous voyez, ce qui manque dans notre monde de spécialistes où l’on a si bien tout nommé, c’est la colle ! C’est ça le fil conducteur tant recherché. Unifier, unifier pour comprendre…

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