Marc Penninck de Landas, "De gueule sur champs de Flandres"
Par CEAPT Symbole copyright, vendredi 9 février 2007 à 20:54 - Portraits - #44 - rss
Héraldiste et peintre, Marc Penninck de Landas est un enfant de Bruges comme d’autres sont de Delphes ou d’Hyperborée. Restaurateur de tableaux depuis vingt ans, sa technique se veut celle d’un Van Eyck, toute de science, de pigments et de patiente alchimie, dans la plus pure tradition du Nord. Mais ce Flamand au verbe haut et puissant cultive aussi cet amour d’Hermès dont il aime méditer aux rivages d’Ostende les mystères de la mercurielle navigation. Enfin, si son âme hante les brumes des polders, son cœur bat résolument à Paris où il a ouvert une académie de dessin et un atelier de restauration. Parcours d’un fier Sicambre…


Paracelse
Bruges et son corps hermétique
Après l’Académie, ce sera donc tout naturellement vers une formation de restaurateur qu’il se dirigera pour compléter et faire éclore un talent qu’il se chargera par la suite de transmettre comme professeur de dessin à l’Académie de Tielt. L’occasion, aussi, de vivre et de s’imprégner de cette histoire qui, à Bruges, affleure à chaque façade, chaque rue, chaque pavé, évoquant la gloire révolue des comtes de Flandres ou celle de ces bons ducs qui leur succédèrent en rêvant leur Bourgogne plus grande que le monde. C’est enfant qu’il la parcourut jusqu’à plus faim, cherchant ici l’ombre du grand Memmling, là celle du fier Thierry d’Alsace ramenant de Terre Sainte la précieuse relique du Saint-Sang — là-bas, enfin, le gisant de cet Anselme Adornes où repose son cœur sous la croix pattée qui surplombe son église de Jérusalem ; autant de signes laissés à la découverte du "quêteur de sens" pour peu que ce dernier accepte avec humilité de les lire en redevenant en esprit un "petit enfant". Cette voie sera celle de Marc Penninck de Landas car ce fut toujours celle de sa famille, liée au Temple et à la France. Il se plaît d’ailleurs souvent à rappeler qu’un Landas était rangé sous la bannière du Roi en 1302 dans la sinistre plaine de Courtrai…
Et c’est certainement le souvenir de cette geste qui conduisit le digne rejeton à explorer l’arbre familial, puis à s’initier à l’art tout hermétique de l’héraldique, cette autre et immémoriale façon de lire les intersignes pour mieux accéder à l’éternel présent des choses et des êtres. Inlassablement, sa main tracera sans faillir blasons et armoiries, pénétrant chaque fois plus avant dans l’indicible, de cet autre côté du miroir où resplendit pourtant l’essentiel ; au point que, remarqué pour la sûreté de sa technique et le sérieux de sa documentation par la société royale d’héraldique, il prendra bonne place dans le prestigieux Florilegium heraldicae Belgicae. Mais plus que tout, ce sera pour lui la voie royale conduisant à de plus hauts mystères, à cette compréhension intérieure de son art — cette part hermétique qui sous-tend en peinture les axes subtils de la composition autant que son symbolisme, tant dans la représentation des sujets que le choix de leurs couleurs. Et cette révélation, cette intégration plutôt, sera souffrance, déchirement, comme se déchire le voile de l’opacité — ou celui du Temple — pour que resplendisse enfin la Vérité.
De cette lente mais inexorable maturation brugeoise, Marc Penninck de Landas nous laisse un précieux témoignage dans un ouvrage publié en 1989, Bruges et son corps hermétique, après une gestation de plusieurs années. En ces pages apparaît, se dévoile, une autre Bruges, une autre ville, bien loin des flots aveugles de touristes qui souvent l’encombrent, la polluent de leur présence, avec sa propre géographie sacrée qui la "cygne" en la rattachant au Pôle ; toute de pas glissés, coulés, le long d’axes invisibles, de béguinages en lac d’amour, dans un tracé en équerre que ne renierait jamais le géomètre habile qui a compris que Jérusalem est bien la porte du Ciel et de ses Grands Mystères.

La navigation des Sages
Un temps — in illo tempore — qui fut aussi, pour Marc Penninck de Landas, celui de la création, celui où le restaurateur cède pour un instant la place à l’artiste, à l’amoureux de Science qui sait qu’Hermès est généreux pour l’humble et laborieux chercheur. Puisant à pleines mains dans la philosophale matière, son œuvre s’enracine profondément dans l’alchimie et ce, notamment, au travers d’une série de portraits d’adeptes. Tous réalisés en mêlant objets et relief, ces tableaux sont autant d’étapes — d’Œuvres — accomplies sur un chemin intérieur. De Paracelse à Pétrarque, sans oublier une Madeleine éblouissante de lumière, chaque toile de cette "Galerie des Sages" interroge ainsi le spectateur en miroir, l’invitent à l’intériorité dans des clairs-obscurs qui se veulent autant de portes vers l’invisible ; vers cet autre monde qui fut celui des baroques cabinets de curiosités et dont l’artiste porte en lui la marque ineffaçable et toute empreinte de nostalgie. Et c’est autant la sûreté de la technique que son travail sur la lumière qui le relient, par-delà les siècles, aux vieux maîtres qui ne savaient, eux aussi, que traduire — pardon : transmuter ! — des réalités d’ordre supérieur, soumettant avec une discipline de fer toute vaine tentation d’ego ou d’esthétisme au seul profit d’une approche, d’une esquisse, des vérités archétypales. En ce sens, Marc Penninck de Landas est bien de cette antique fratrie des "nobles voyageurs" de l’Idéal. Et si ses pas le portent aujourd’hui plus fréquemment vers le Nord, la côte, vers Ostende et ses rivages à la beauté agitée, c’est aussi pour cette même recherche mystique de l’Origine, ce Pôle immuable, invariable en son axe, et vers lequel doivent fatalement s’embarquer un jour les Sages pour la dernière mais ô combien sublime navigation mercuriale. Ô Stella Maris…

Paris comme Cythère
Toutefois, si son âme s’incarne dans ses Flandres aux clochetons festonnés, le cœur de Marc Penninck de Landas bat résolument à Paris, où l’artiste vient d’installer un atelier et d’ouvrir une académie de dessin. Car désormais, ses activités se partagent entre France et Belgique, de restaurations en expositions, de cours en expertises, mais toujours avec la même quête du Beau, cette marche à l’Étoile qu’il scrute parfois aux tours de Saint-Jacques ou de Notre-Dame, quand la lune épouse le soleil pour que l’Enfant puisse trouver abri dans cette crèche qui, à l’Épiphanie, se fait galette. Mais c’est là matière pour les "fols", qu’ils soient Roi ou rémouleurs… Passant, si tu as de la chance, nous te souhaitons de croiser un jour, à l’enseigne du Chat Noir ou de nulle part, cette silhouette surgie d’hier. Mais prends garde de bien couler tes pas dans les siens, car c’est avec la même fougue joyeuse que le lansquenet arpente aujourd’hui la butte montmartroise comme il foulait hier le pavé brugeois, la pipe au bec et une brassée de rêves dans les plis de son manteau de pirate-philosophe. Non, décidément, Bruges n’est pas morte…
Académie de peinture et de dessin Marc Penninck de Landas, 23 rue La Boëtie, 75008 Paris. 01.42.65.37.67. marc.penninck@club-internet.fr
Bloc-notes
Marc Penninck de Landas exposera une partie de ses œuvres dans le cadre du cinquième festival "Art, culture et spiritualité", organisé en juin 2007 par le diocèse de Troyes, sur le thème de "L’Aquarium des Sages" - en référence à un traité hermétique du XVIIe siècle — car, comme le souligne l’artiste, "cette exposition a l’humble intention d’être une louange, une ode, à la mer des alchimistes, cet Aquarium des Sages qu’est la mer du Nord". Renseignements et programme complet sur http://catholique-troyes.cef.fr.

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