Du malheur d’avoir trop d’esprit "À la "race affirmative" chère à Péguy, nous avons substitué la race interrogative, ou plutôt, comme disent les grammaires, interronégative, le rien étant le postulat de notre mauvaise foi discoureuse".

Nos « langues vivantes », des paroles gelées ? "La sédentarité mène tout droit à la pétrification : de même que les villes sont des camps pétrifiés, les langues assises finissent par l’écriture, l’imprimerie et le dictionnaire du docteur Littré".

Des ravages de l’alphabétisation "Qu’une langue se parle avant qu’elle ne se lise, l’évidence s’en est obscurcie pour nous autres malheureux qui jugeons tout par l’écrit. Les ravages de l’alphabétisation font apprendre les langues vivantes comme des langues mortes : nous en connaissons d’abord les mots par l’œil. D’où cette "tendance générale qu’on a, de nos jours, à conformer la prononciation à l’écriture" — la remarque est de Littré, qui ne voyait "rien de plus défectueux ne de plus corrupteur".

Sur un poncif : le "retour du sacré" "Sacer, le sacré latin, voulait dire entre autres : dédié aux divinités infernales. « Sacer esto », « qu’il soit sacré », était une formule rituelle de malédiction. Quand on prétend faire signe aux dieux — et la question du sacré revient à cela — il n’est peut-être pas indifférent de s’inquiéter d’abord de quels dieux il s’agit : ceux qui reviennent, en effet, sont rarement ceux que l’on a chassés".

Sur les polémiques masculin/féminin "On peut voir derrière Il pleut, Il tonne, l’action décisive de Zeus Pater — de même pour Il faut. Mais on peut dire aussi bien, et peut-être mieux, qu’au lieu d’être une usurpation du masculin ce neutre est un modèle, qui restaure en lui-même la plénitude de l’indifférencié".

De la langue des chercheurs "Quant Pantagruel tordait le cou à l’écolier, c’était au double motif très légitime qu’il écorchait le latin et contrefaisoit en même temps le languaige Françoys. De nos jours l’écorchement scientifique de l’anglais et l’obligatoire et corollaire contrefaçon de sa langue maternelle sont les conditions imposées à tous les chercheurs. (…) C’est ainsi que l’on fait de nos savants des Américains de seconde zone, qui à défaut de pouvoir écrire comme ils pensent, se condamnent à s’exprimer en traduit-du-français".



Baraliptons, Philippe Barthelet, Éditions du Rocher, 2007, 180 pages, 17,10 €.