Witold Zaniewicki : Braconnage en hautes terres
Par CEAPT Symbole copyright, jeudi 8 février 2007 à 21:00 - Livres - #41 - rss
Il y a amplement de quoi se rassasier l’esprit dans cette suite de textes courts et variés à la manière d’une succession de métzés qui semble inviter le lecteur à picorer à son rythme et selon ses préférences…

Car Zaniewicki braconne large, en amateur : lorsqu’il aborde la sophiologie, il commence avec le platonicien Proclus et déborde sur le soufisme et ce beau chi’isme qui n’a sans doute jamais existé en dehors des livres du professeur Henry Corbin… Celui-ci est, semble-t-il, l’influence majeure de cet ouvrage, l’autre étant une certaine tradition orthodoxe principalement diffusée en France par Paul Evdokimov et Olivier Clément. C’est dire si l’approche du phénomène spirituel est ici à mille lieux des pesanteurs terrestres, au risque, peut-être, de se cantonner dans les nuées comme le Socrate d’Aristophane…
Cette tendance à ne voir que le sublimé a ses limites : Zaniewicki est plus intéressé par l’idée (au sens platonicien) que par le contingent. Mais qu’importe, il y a amplement de quoi se rassasier l’esprit dans cette suite de textes courts et variés à la manière d’une succession de métzés qui semble inviter le lecteur à picorer à son rythme et selon ses préférences.
"Un Jour vient…"
J’insisterai, quant à moi, particulièrement sur deux articles des plus denses : "L’honneur des parias", qui évoque la naissance du compagnonnage en terre d’Islam et dans la Chrétienté et "Les confréries du Carmel et la spiritualité d’Élie". Le premier retrace l’histoire des cagots des Pyrénées, descendants supposés des lépreux. Ceux que Michelet a appelé "les parias de l’Occident" se cantonnaient au travail du bois et vivaient dans des quartiers et des villages à part. Descendants d’hérétiques ? Goths ariens mélangés à des lépreux authentiques ? Les cagots forment, quoiqu’il en soit, une singulière caste d’intouchables, "réputés magiciens, sorciers ou empoisonneurs de fontaines". Et des arrêts des Parlements de Navarre et de Bordeaux les obligeront à porter un "pied d’oie" en drap rouge sur l’épaule… Ainsi la "lèpre spirituelle" du cagot serait surtout, selon Zaniewicki, "la résurgence du paganisme", celle du ladre vert des cérémonie indo-européennes… Quand à l’étude sur l’archiconfrérie de Saint-Michel, il est l’occasion pour l’auteur de souffler sur la cendre "pour que réapparaissent les trésors ésotériques enfouis de l’Église d’Occident". Cette confrérie créée — seulement — en 1867 dispose, en effet, d’une méthode complète basée sur un chapelet dont le nombre et la disposition des grains composent neuf salutations correspondant aux neuf chœurs angéliques. Elle vise au final à "la grâce d’une bonne mort". Prétexte à une réflexion qui nous mène jusqu’aux 99 grains du chapelet soufi, aux 108 grains du chapelet tibétain, pour éclairer d’un jour nouveau la pratique des indulgences. Un enchaînement qui résume parfaitement la manière de ce livre et les intentions de Witold Zaniewicki. On le laissera d’ailleurs conclure : "Que l’on utilise toute forme de méditation authentique ou toute grille, qu’elle soit celle de l’alchimie, de la kabbale ou de l’art sacré, un Jour vient et cela suffit une fois dans une Vie".
Witold Zaniewicki, De l’Éveil au braconnage spirituel, Approche occidentale et orientale de la tradition chrétienne - Editions du Cosmogone, 230 p., 50€.

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