Nom de Dieu
Par CEAPT Symbole copyright, lundi 1 janvier 2007 à 11:48 - Livres - #7 - rss
L’anagramme du vide, de Frédérick Tristan, se présente comme une grande salle dont l’auteur aurait un à un retiré les meubles pour parvenir, d’un ton faussement badin, à l’essentiel. Tant qu’à la fin on a envie de s’écrier avec Graciàn : «Oh ! que le vide est beaucoup !»

L’anagramme du vide, Frédérick Tristan, Bayard, col. Qui donc est Dieu ?, 96 p., 13,90 €
De l’idole à “Cela” ou la découverte de “l’Innommé”
Mais comment l’intuition spirituelle peut-elle aujourd’hui s’affranchir de toutes les digues, sociales, morales ou religieuses qui font barrage aux étages supérieurs de la conscience ? Comment redonner tout son sens à l’imagination créatrice, cette clef d’accès à ce qu’Henry Corbin nommait le « monde imaginal » ? Car l’homme moderne qui accepte sans ciller la stratification de la conscience proposée par la psychologie des profondeurs a depuis loin rejeté toute perception du monde spirituel dans une sous-catégorie de la science-fiction… Et pourtant, de Denys l’Aréopagite à Lao Tzi, les références ne manquent pas pour, comme le dit Tristan, « dépasser l’idole, atteindre l’icône puis le sans forme qui est Cela ». Une ultime présence qui n’est alors discernable que par le poids incommensurable de son absence : L’anagramme du vide. « C’est en se penchant sur ce vide qu’il devient possible de percevoir la réalité enfin ouverte à l’esprit éveillé, brisant la roue et la rouerie du réel travesti ». Et l’auteur ne tarde pas à en venir au point nodal de sa réflexion : « Le Dieu nommé est un masque de nous-même. À travers l’adoration que nous lui portons, c’est nous même que nous adorons (…) Quand à l’Innommé, n’étant rien de ce que nous pouvons seulement supposer, nul n’aurait l’idée de le personnaliser et de l’adorer. (…) Pourquoi ? Parce que le chercheur est cherché. (…) Parce que le Cela est glissé dans l’interstice de toute quête ».
L’anagramme du vide se présente ainsi comme une grande salle dont l’auteur aurait un à un retiré les meubles pour parvenir, d’un ton faussement badin, à l’essentiel. Tant qu’à la fin on a envie de s’écrier avec Graciàn : «Oh ! que le vide est beaucoup !»
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