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lundi 1 janvier 2007 à 11:06 -Livres-#4-rss
par Nicolas Givry
On connaît le mot de Joseph de Maistre sur la contre-révolution à comprendre non pas comme «une révolution contraire» mais comme «le contraire de la Révolution». C’est Philippe Barthelet qui le rappelle dans sa lumineuse préface à ce «manifeste pour l’esprit» — où, à l’instar du grand savoyard qui voulait que la contre-révolution fût «divine» sous peine d’être «nulle», il exige que la contrelittérature soit «angélique sous peine de n’être rien, ce rien mortifère qui occupe les esprits comme le mensonge agissant du nihilisme.»
La revue crée par Alain Santacreu se prolonge aujourd’hui d’un “manifeste” —passé, comme il se doit, à peu près totalement sous silence dans les pages littéraires des quotidiens et hebdomadaires nationaux. Faut-il s’en étonner ? Et que peut-on attendre, lorsqu’on défend le contre-littéraire, des sectateurs de la littérature dans ce qu’elle a de plus mondain (voire de plus trivial), sinon l’indifférence et l’incompréhension ?
Il est vrai qu’on peut se demander aussi si la “contre-littérature”, dans sa démarche et son intention même, ne pose pas problème. Si la “littérature” en effet, peut être vue comme une manière de parodie de l’Écriture, qu’y a-t-il proprement à sauver dans la création « littéraire »? La vraie poésie, la vraie contrelittérature, peut-elle être autre chose que la poésie opérative, comme l’est, disons un psaume ou une incantation chamanique ? Mais alors, n’est-il pas quelque peu contradictoire de se référer à la fois à une perspective traditionnelle (ou “guénonienne”), d’accumuler les constats de l’effondrement spirituel des sociétés modernes, et de rêver, simultanément, d’une littérature qui retrouverait le haut sens qu’elle pouvait encore receler au Moyen Âge par exemple ? Le « social » — ou le « profane » — qui a tout gangrené, du politique au religieux, pouvait-il seulement épargner la littérature ? Oui, sans doute, chez certaines individualités — on retrouve ainsi chez Hugo autant de la bêtise de son siècle que de la profondeur spirituelle du Psalmiste —, mais il ne peut s’agir, à l’évidence, que d’exceptions qui confirment la règle.
Or c’est bien sur le terrain du « collectif » que semblent se situer les auteurs de ce manifeste — qu’ils déplorent la dégénérescence de la création littéraire ou qu’ils plaident pour une littérature à nouveau inspirée par « l’Esprit ». Une posture qui conduit, du coup, à bien d’autres interrogations — dont celle-ci : peut-on susciter un renouveau poétique à partir d’un corpus doctrinal ? Pour nous, qui pensons plutôt que la théorie tend à assécher l’art comme la théologie la prière, la réponse ne peut être que négative. Alain Santacreu nous l’avait d’ailleurs confirmé lui-même, puisqu’il avait — avant de céder à la tentation du manifeste, dont on sait qu’il fige les choses (le surréalisme en est mort-né) —, publié un roman contre, Les sept fils du derviche. Un livre à recommander à tous ceux qui préfèrent goûter directement à la cuisine plutôt que de se contenter de lire la recette…
Alain Santacreu, La Contrelittérature, un manifeste pour l'esprit - Préface de Philippe Barthelet - Contributions de Luc-Olivier d'Algange, Marrika Devoucoux, Daniel Facérias, David Gattegno, Christian Rangdreul, Jérôme Rousse-Lacordaire, Jacques Viret, Editions du Rocher, 234 p., 19,90€
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